PROGRES RECENTS EN CANCEROLOGIE : CONGRES ASCO 2026
Professeur A. Turhan Université Paris Saclay - Faculté de Médecine Inserm U1310 Modèles de Cellules Souches Malignes et Thérapeutiques Hôpital Paul Brousse-Villejuif
Le congrès de recherche en Cancérologie (American Association for Cancer Research AACR) a eu lieu du 17 au 22 Avril à San Diego avec plus de 20.000 participants. Ce congrès a été suivi par son versant clinique ASCO, du 29 au 3 Juin avec présentation des résultats des essais cliniques les plus récents à travers le monde. Des résultats spectaculaires ont été présentés au congrès ASCO avec notamment par utilisation des nouveaux inhibiteurs dans le cancer du pancréas et de l’immunothérapie. Nous vous présentons les avancées majeures du congrès ASCO
Inhibiteurs RAS en clinique : DARAXONRASIB
***Daraxonrasib est un inhibiteur RAS multi-cible permettant de bloquer l’activité de plusieurs mutations de ce gène en plus de la mutation très fréquente RASG12. ***
Ce médicament, développé par la société Revolution Medicine, a été utilisé dans un essai clinique de Phase 3 (RASolute) comprenant 500 patients atteints d’un cancer du pancréas au stade métastatique.
Tous les patients étaient en échec d’un traitement antérieur.
L’essai était randomisé avec un groupe recevant Daraxonrasib (n=248) et un groupe recevant une chimiothérapie classique. (n=252).
Le résultat rapporté en séance plenière était spectaculaire car le taux de survie médiane dans le groupe Daraxonrasib était de 13,3 mois en comparaison avec le groupe chimiothérapie qui était de 6,7 mois.
Les effets secondaires les plus importants de Daraxonrasib étaient des manifestations cutanées et digestives sans gravité majeure. Les risques de décès étaient ainsi réduits de 60% dans le groupe Daraxonrasib.
Ces résultats spectaculaires, jamais vus dans le cancer du pancréas ont été publiés en même temps que la présentation à l’ASCO, dans le prestigieux journal New England Journal of Medicine (O’Reilly et al, 4 Juin 2026). Comme souligné plus haut, permettent d’espérer des progrès plus importants dans les stades plus précoces de la maladie et en association avec d’autres thérapies notamment des modulateurs immunitaires.

Figure 2. La survie globale chez les patients atteints de cancer du pancréas métastatique au cours de l’essai clinique RASolute, comparant Daraxonrasib versus chimiothérapie classique. Panel A : Survie chez patients présentant une mutation RASG12. Panel B : Survie dans l’ensemble de la population (O’Reilly et al, New England Journal of Medicine 2026).
Les CAR-T in vivo : Les premiers résultats cliniques !
Comme souligné plus haut l’utilisation des cellules T qui sont modifiées pour exprimer un récepteur antigénique chimérique (CAR) représente une vrai révolution dans la prise en charge des patients atteints de lymphomes et de myélomes.
Les cellules CAR-T sont actuellement fabriquées ex-vivo dans les structures de thérapies cellulaires, avec le cout et les problèmes de logistiques importants : En effet les cellules T des patients sont d’abord collectées par cytaphérèse en milieu hospitalier puis modifiées pour exprimer le CAR via un lentivirus qui ciblera la protéine présente à la surface des cellules cancéreuses.
Cette procédure autologue est très couteuse (Plus de 300000 € en France pour une injection) et nécessite en effet des conditions de fabrication dans les salles blanches thérapie cellulaire.
Il est devenu récemment possible de transfuser aux patients, un vecteur lentiviral porteur d’un CAR directement in vivo, permettant d’atteindre les cellules T, les transformant donc en CAR-T capables d’attaquer la tumeur « sur place ».
Le vecteur lentiviral est transféré par des nanoparticules permettant la survie des CAR. Cette procédure initialement validée dans des modèles animaux, est actuellement entrée en clinique. L’essai de Phase I présenté à l’ASCO est une première dans ce domaine avec des résultats majeurs chez les patients atteints de myélome.
Le CAR était dirigé contre un antigène présent sur les cellules de myélome (BCMA). Le vecteur désigné par le nom KLN10-10 était transfusé par voie intraveineuse à deux doses différentes.
Tous les patients (n=6) étaient en phase réfractaire de leur maladie avec plus de 3 lignes de traitements antérieurs. Les résultats rapportés étaient spectaculaires avec un taux de réponse à 100%, avec chez certains patients, absence de maladie résiduelle détectable 1 mois après l’injection.
Certains effets secondaires rapidement contrôlables étaient observés après transfusion de KLN10-10, sans toxicité majeure notamment neurologique.
L’essai clinique est toujours en cours. Si ces résultats sont confirmés par d’autres groupes, ces thérapies pourraient être appliqués dans le futur proche, sans structure lourde de fabrication des cellules CAR-T et sans hospitalisation.
Nouvelles stratégies en Immunothérapies : Des Anticorps bi-spécifiques
Les immunothérapies par des anticorps bloquant les « checkpoints » permettent actuellement d’obtenir des réponses spectaculaires mais on observe des résistances dans plus de 50% des cas.
Une nouvelle stratégie consiste à utiliser des anticorps bispécifiques qui bloquent non-seulement le point de contrôle immunologique comme PD-1 mais aussi le VEGF qui contrôle la réponse angiogénique.
Ivonescimab est un anticorps bispécifique qui inhibe ces deux voies en même temps. Dans le cadre de l’essai clinique HARMONi-6 réalisé en Chine, les auteurs ont étudié chez 532 patients, l’efficacité de l’Ivonescimab combiné avec la chimiothérapie en comparaison avec un anticorps ciblant seulement PD1 avec chimiothérapie.
Les résultats présentés en session plénière, ont montré une survie médiane globale de 27,89 mois en comparaison avec le groupe témoin (23,69 mois). Cette amélioration est extrêmement rare dans ce contexte de cancer avancé (Figure 3). Ces résultats en cours de reproduction dans d’autres centres, qui pourraient conduire à un changement de pratique dans la prise en charge de cette catégorie de patients.
Figure 3. La survie globale chez les patients atteints de cancer du poumon traités par an anticorps bispécifique (Ivonescimab) et chimiothérapie versus un anticorps unique anti PD-1 et chimiothérapie.

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